10 février 2026 · Équipe Oligae

La fraise du Périgord : bien plus qu’une fraise

En France, la Dordogne est le premier département producteur de fraises. Ce n’est pas un hasard : le climat du Périgord, ses sols sablonneux et sa tradition maraîchère en font un terroir idéal pour ce fruit délicat. L’IGP Fraise du Périgord, obtenue en 2004, reconnaît cette excellence et protège un savoir-faire qui se transmet depuis des générations.

L’aire de production couvre le centre et le sud du département de la Dordogne ainsi que quelques communes du Lot. Environ 200 producteurs sont habilités, pour une production certifiée d’environ 1 500 tonnes par an (sur une production totale d’environ 8 000 tonnes de fraises en Périgord). Ce qui distingue cette IGP, c’est la diversité des variétés autorisées et la saisonnalité extrêmement courte de la production.

Un cahier des charges centré sur la fraîcheur

Huit variétés emblématiques

Le cahier des charges autorise huit variétés, dont les plus connues sont la Gariguette, la Ciflorette, la Charlotte, la Mara des Bois, la Darselect, la Clery, la Cirafine et la Seascape. Chacune a son profil gustatif : la Gariguette est longue et acidulée, la Ciflorette est parfumée et sucrée, la Charlotte est ronde et aromatique, la Mara des Bois a un goût de fraise des bois.

Cette diversité est un atout commercial mais aussi un défi de gestion : chaque variété a sa propre période de maturité, ses propres critères de calibre et de couleur, et ses propres rendements.

Culture hors-sol interdite

Le cahier des charges impose la culture en pleine terre. C’est un choix fort dans un marché de la fraise largement dominé par la culture hors-sol sous serre chauffée. Les fraises du Périgord poussent dans le sol, ce qui leur confère un goût plus prononcé mais les rend aussi plus dépendantes des conditions climatiques et plus sensibles aux maladies.

Les pratiques culturales sont encadrées : fertilisation, protection phytosanitaire, irrigation. Le rendement n’est pas plafonné numériquement, mais les conditions de culture en pleine terre limitent naturellement la production.

Récolte et conditionnement

La récolte est entièrement manuelle. Les fraises sont cueillies à maturité, triées sur place et conditionnées le jour même. Le délai entre la cueillette et la mise en froid ne doit pas dépasser quelques heures. Le cahier des charges fixe des critères de calibre minimal, de coloration et d’absence de défauts.

Les défis de gestion pour l’ODG

Une saison ultra-courte

Le défi majeur de cette appellation est la saisonnalité. La campagne de production s’étale d’avril à juin, avec un pic en mai. En quelques semaines, l’ODG doit collecter les déclarations de l’ensemble des producteurs, vérifier les volumes, assurer la traçabilité et transmettre les données nécessaires aux contrôles. Tout se joue dans un temps très comprimé.

Quand la saison est terminée, il est trop tard pour rattraper les déclarations manquantes ou corriger les erreurs. La fiabilité des données doit être acquise en temps réel, pendant la campagne.

La gestion multi-variétale

Avec huit variétés autorisées, l’ODG doit collecter des données variété par variété. Chaque producteur cultive souvent plusieurs variétés, avec des surfaces et des rendements différents pour chacune. Les déclarations doivent distinguer les volumes par variété, car les critères de calibre et de qualité varient.

Traçabilité d’un produit périssable

La fraise est un fruit extrêmement périssable. Entre la cueillette et la vente au consommateur, il ne se passe que deux à trois jours. La traçabilité doit donc fonctionner en temps quasi réel. Chaque lot conditionné doit être rattaché à un producteur, une parcelle et une date de récolte. Les obligations INAO imposent cette traçabilité complète.

Le contrôle de la pleine terre

La culture en pleine terre est un critère fondamental de l’IGP, mais c’est aussi un critère qu’il faut vérifier. L’ODG doit s’assurer que les parcelles déclarées sont bien en pleine terre et non sous abris chauffés ou en hors-sol. Les visites de vérification et le suivi des installations sont des éléments importants du plan de contrôle.

La défense contre les fraises importées

Le marché de la fraise est mondialisé. Des fraises espagnoles, marocaines ou polonaises arrivent sur les étals français à des prix très inférieurs. La Fraise du Périgord IGP doit se démarquer par sa qualité et son origine, ce qui suppose des données de production fiables pour défendre l’appellation et informer le consommateur.

Le numérique pour une saison sans faux pas

Des déclarations en temps réel

Pendant la campagne de récolte, chaque jour compte. Un portail numérique permet aux producteurs de déclarer leurs volumes quotidiennement ou hebdomadairement, directement depuis leur exploitation. Les formulaires sont adaptés à la saisie rapide : sélection de la variété, volume, parcelle. Les contrôles automatiques signalent immédiatement les incohérences.

L’ODG dispose d’un tableau de bord de campagne mis à jour en continu, avec les volumes par variété, par producteur et par semaine. Les relances aux producteurs en retard de déclaration sont automatisées.

Le suivi parcellaire avec vérification du mode de culture

Le registre numérique des parcelles intègre le mode de culture (pleine terre, abri froid, tunnel) pour chaque parcelle. Cette information est croisée avec les déclarations de production pour s’assurer que les volumes déclarés sous IGP proviennent bien de parcelles conformes. Toute modification d’installation est tracée.

La traçabilité lot par lot

Grâce à la saisie numérique, chaque lot conditionné est automatiquement relié à son producteur, sa parcelle et sa date de cueillette. En cas de rappel ou de réclamation qualité, l’ODG peut remonter la chaîne en quelques clics, une capacité essentielle pour un produit dont la durée de vie se compte en jours.

L’analyse de campagne et la prospective

À la fin de la saison, les données collectées permettent une analyse fine : rendements par variété, évolution des surfaces, répartition géographique, tendances sur plusieurs années. Ces analyses alimentent les réflexions stratégiques de l’ODG et ses échanges avec l’interprofession.

Une appellation qui ne laisse pas de place à l’approximation

La Fraise du Périgord IGP est l’exemple type d’une appellation où la fenêtre d’action est si courte que toute approximation dans la gestion se paie immédiatement. Quand la saison dure deux mois, il n’y a pas de session de rattrapage. Pour les ODG confrontés à des productions saisonnières, les outils numériques ne sont pas un confort : ils sont la condition pour maintenir la rigueur dans l’urgence, et consacrer l’énergie des équipes à ce qui compte, la qualité du produit et la relation avec les producteurs. Consultez notre FAQ pour en savoir plus sur l’accompagnement des ODG dans cette transition.

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