11 février 2026 · Équipe Oligae

Le haricot qui grimpe au pied du maïs en Bigorre

Au pied des Pyrénées, dans la plaine de Tarbes et les coteaux de Bigorre, le Haricot tarbais perpétue une tradition culturale vieille de plusieurs siècles : la culture sur rames, associée au maïs. Ce haricot blanc, à grain plat et à peau très fine, est réputé pour sa tendreté exceptionnelle après cuisson et sa capacité à absorber les saveurs des plats qu’il accompagne. C’est l’ingrédient emblématique de la garbure béarnaise et du cassoulet tarbais.

Le Haricot tarbais a obtenu son Label Rouge en 1997 et son IGP en 2000. L’aire de production couvre plusieurs centaines de communes, principalement dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques, mais aussi dans le Gers et la Haute-Garonne. La filière regroupe environ une centaine de producteurs pour une production annuelle d’environ 150 tonnes de haricots secs, un volume faible qui s’explique par le caractère entièrement manuel de la culture. Chaque gousse est récoltée à la main, au fur et à mesure de la maturité, sur des rames de 2 à 3 mètres de haut.

Un cahier des charges qui impose le travail manuel

La culture sur rames

C’est la caractéristique la plus distinctive du Haricot tarbais : il doit obligatoirement être cultivé en hauteur, sur des tuteurs (rames) ou en association avec le maïs. Les tiges grimpent à 2-3 mètres, ce qui rend la mécanisation impossible. Le cahier des charges interdit explicitement la culture naine ou semi-naine.

Les variétés

Le cahier des charges autorise la variété Tarbais et quelques sélections proches. Les semences sont produites et distribuées sous le contrôle de l’ODG, qui veille à la pureté variétale et à la qualité sanitaire du matériel végétal. La conservation des semences d’une année sur l’autre par les producteurs est encadrée.

La récolte manuelle et échelonnée

La récolte commence en septembre et se poursuit jusqu’aux premières gelées (octobre-novembre). Elle se fait gousse par gousse, à la main, en plusieurs passages (4 à 8 passages par saison). Chaque passage cueille les gousses arrivées à maturité (stade demi-sec), laissant les autres pour le passage suivant. Ce mode de récolte garantit une maturité optimale mais génère un travail considérable.

Le séchage et l’écossage

Après récolte, les gousses sont séchées naturellement, puis écossées à la main ou mécaniquement (avec des machines à tambour qui respectent le grain fragile). Le haricot est ensuite trié, calibré et conditionné. Le taux d’humidité final, le calibre et l’aspect visuel du grain sont contrôlés.

Les défis de gestion pour l’ODG

Le suivi d’une récolte en plusieurs passages

Un producteur qui récolte ses haricots en 6 passages sur 2 mois génère 6 lots distincts par parcelle. L’ODG doit suivre ces lots individuellement pour assurer la traçabilité. Avec 100 producteurs et des récoltes multi-passages, le volume de données de traçabilité est bien supérieur à ce que le tonnage pourrait laisser croire.

La faible mécanisation

Le caractère manuel de la culture et de la récolte rend les producteurs de Haricot tarbais particulièrement sensibles à la charge administrative. Toute heure passée sur de la paperasse est une heure perdue au champ. L’ODG doit maintenir un niveau d’exigence élevé dans les déclarations tout en minimisant le temps que les producteurs y consacrent.

Le double signe IGP et Label Rouge

Comme l’Ail rose de Lautrec, le Haricot tarbais cumule IGP et Label Rouge. L’ODG gère deux référentiels en parallèle, avec des exigences qui se recoupent partiellement. Les contrôles organoleptiques du Label Rouge (tests de cuisson, dégustations) s’ajoutent aux contrôles de traçabilité et de conformité de l’IGP.

La gestion des semences

La pureté variétale est un enjeu permanent. L’ODG organise la production et la distribution de semences certifiées, suit les échanges entre producteurs et contrôle les parcelles en végétation pour détecter d’éventuelles contaminations variétales. Ce circuit de semences est un registre à part entière, avec ses propres déclarations et ses propres contrôles.

Le numérique pour alléger la charge des producteurs

Pour des producteurs qui passent l’essentiel de leur temps au champ, la simplicité des déclarations est primordiale. Un outil numérique adapté au maraîchage permet de déclarer chaque passage de récolte en quelques minutes, depuis un smartphone. Le lot est créé automatiquement avec la date, la parcelle et le volume. En fin de campagne, l’historique complet des récoltes est disponible sans ressaisie.

Le suivi des semences, centralisé dans le même outil, trace la distribution des lots de semences aux producteurs et les retours de semences conservées. L’ODG dispose d’une vision claire du circuit semencier sans avoir à reconstituer les flux à partir de bons de livraison papier.

La gestion du double référentiel (IGP et Label Rouge) dans un outil unique évite la double saisie. Les données communes sont partagées entre les deux registres, et les exigences spécifiques de chacun sont gérées séparément. Les bilans pour l’INAO et pour la Commission Label Rouge se génèrent à partir de la même base de données.

Le Haricot tarbais IGP est une appellation qui repose sur le travail manuel et le savoir-faire du producteur. Chaque gousse est cueillie à la main, chaque grain est trié avec soin. L’ODG doit veiller à ce que l’exigence administrative soit à la hauteur de l’exigence agricole, sans devenir un fardeau pour ceux qui font vivre ce produit d’exception. Le numérique, bien conçu, sert exactement cet objectif.

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